Toutes les forêts ne sont pas égales.

Un marché du carbone forestier repensé pourrait-il restaurer la biodiversité ?

La foresterie carbone représente un marché important et en pleine expansion. L'an dernier, un nombre record de 191 000 hectares de terres ont été ajoutés au marché de conformité d'Aotearoa (Nouvelle-Zélande), le système d'échange de quotas d'émission (SEQE), portant la superficie totale à 540 000 hectares. Cette mesure témoigne d'une augmentation significative du nombre de forêts plantées pour séquestrer le carbone.

Cette forte augmentation des permis de construire pourrait être perçue comme un pas en avant positif vers la réalisation de nos ambitions climatiques. Cependant, l'examen des essences plantées suscite de vives inquiétudes. Historiquement, en Aotearoa (Nouvelle-Zélande), environ 90 % des forêts de plantation sont composées d'une seule espèce non indigène : le pin de Nouvelle-Zélande (Pinus radiata). Ces forêts ont souvent une double fonction : elles fournissent des matériaux de construction et contribuent à la séquestration du carbone grâce à la rotation des plantations de pins. Or, une part croissante des terres est désormais consacrée à la plantation de forêts permanentes de pins. Ces plantations non indigènes contribuent à réduire les émissions atmosphériques, mais leurs bénéfices environnementaux à plus grande échelle restent minimes.

« Les forêts indigènes riches en biodiversité, en revanche, sont bénéfiques à la fois pour l'atmosphère et l'environnement. Elles sont plus performantes que les forêts monospécifiques en matière de stockage de carbone à long terme, surpassant même les espèces à croissance rapide comme le pin en une trentaine d'années pour les forêts de feuillus du nord. C'est sur ces longues périodes que les espèces indigènes révèlent tout leur potentiel, de nombreux arbres d'Aotearoa (Nouvelle-Zélande) vivant bien au-delà de 500 ans, et certains même plus de 1 500 ans. »

Forêts indigènes et riches en biodiversité

Dans les forêts riches en biodiversité, ce ne sont pas seulement les grands arbres centraux qui captent le carbone. La végétation s'étend à partir de ces points focaux et les espèces qui vivent dans et autour de la forêt contribuent toutes à améliorer la qualité du sol. Cela accroît le potentiel de séquestration et de stockage du carbone par la forêt.

Malheureusement, en raison de coûts d'établissement très différents, d'une vision à court terme du marché et d'un système trop simpliste pour mesurer la séquestration du carbone par les différentes espèces, les forêts indigènes et les forêts riches en biodiversité ne peuvent pas être compétitives sur les marchés actuels. À l'heure actuelle, les plantations de pins offrent, et de loin, l'avantage financier le plus important en matière de foresterie carbone.

Le marché privilégie le pin pour de nombreuses raisons. Outre une séquestration du carbone plus rapide, les plantations de pins sont plus faciles à mesurer et à contrôler. Il s'agit également d'un marché établi, bénéficiant de données carbone précises. Le taux de séquestration du carbone par le pin dans différentes régions d'Aotearoa (Nouvelle-Zélande), par exemple, est accessible aux forestiers dans neuf tables de référence sur le carbone. Ce taux (et donc le nombre de crédits émis) est ensuite appliqué à toutes les forêts indigènes, indépendamment de la composition des essences ou de leur localisation.

La situation se complexifie encore davantage lorsqu'on considère de vastes superficies. Les plantations et les forêts de plus de 100 hectares sont évaluées individuellement, sans se baser sur les taux de séquestration du carbone figurant dans les tables de référence standard. Comme ces tables sont très approximatives, cela surestime considérablement les valeurs des grandes plantations de pins, de l'ordre de 20 à 60 %.

Les grandes forêts indigènes sont mesurées de façon similaire, à travers plusieurs espèces désignées. Paradoxalement, cela peut s'avérer désavantageux durant les 30 premières années, car des unités de carbone plus élevées sont attribuées aux forêts de manuka et de kanuka à croissance rapide et à forte densité, tandis que la croissance initialement plus lente de nombreuses espèces indigènes clés entraîne des estimations d'unités plus faibles.

À l'inverse, les forêts indigènes et riches en biodiversité sont pénalisées par des données trop simplifiées. Le taux de séquestration du carbone par les forêts indigènes, par exemple, repose sur seulement deux espèces, le manuka et le kanuka, et ce, à un seul endroit en Aotearoa (Nouvelle-Zélande).

Le potentiel de la gestion active des forêts

La gestion active des forêts, notamment des forêts indigènes existantes, représente une autre opportunité pour garantir des taux optimaux de séquestration du carbone. Les forêts indigènes riches en biodiversité attirent particulièrement les espèces nuisibles introduites comme les opossums, les rats et les hermines, qui ont toutes un impact dévastateur sur la biodiversité locale et la séquestration du carbone.

Par exemple, chaque opossum à queue en brosse réduit la capacité d'une forêt à séquestrer le carbone d'environ 1 % par hectare. Cet impact est plus parlant lorsqu'on prend l'exemple de Tahi, une réserve écologique isolée du Northland, en Aotearoa (Nouvelle-Zélande), qui comptait en moyenne 10 opossums par hectare. Encourager une gestion active permet d'optimiser le potentiel de séquestration du carbone d'une forêt et d'atténuer les coûts initiaux plus élevés liés à la plantation et à l'entretien de forêts indigènes et riches en biodiversité.